L’orchestre symphonique de Montréal présentait « Le romantisme selon Chopin et Brahms » le 2 mai dernier.
Qui inspire les artistes?
Qui sont ces Muses, ces êtres humains qui éveillent en nous des émotions qu’on croyait enfouies au fond de nous-mêmes à jamais? Ces destins qui croisent le nôtre de façon fortuite et qui modifient notre trajectoire de vie? Ces âmes qui teintent nos créations et nos interprétations sans le savoir?
Vous savez, le genre de personne à laquelle vous n’aviez jamais porté attention et qui, pour une raison mystérieuse, capte votre attention par sa présence, son humour, sa maladresse, sa vulnérabilité. Elle s’immisce doucement entre vos pensées. Elle vous inspire un texte, une image, une interprétation, une chanson, une histoire. Vous ne lui avez peut-être jamais parlé, et Dieu seul sait si vos routes se recroiseront un jour, mais vous vous installez à votre bureau et vous rédigez ce chapitre avec une facilité déconcertante, comme si quelqu’un vous chuchotait à l’oreille quoi écrire. Son visage vous revient chaque fois que vous entonnez un air d’opéra ou que vous pianotez un passage passionné d’une sonate pour piano.
Un beau matin, alors que les premiers rayons de soleil vous réchauffent le bout des pieds, que vous avez encore sommeil, mais qu’une longue journée de travail vous attend, le souvenir de cette inspiration humaine vous revient en tête. Vous partez pour le travail le cœur léger à la simple idée que cette personne existe. Peut-être sera-t-elle en ligne devant vous à votre café habituel? Peut-être la croiserez-vous sur une terrasse, le nez plongé dans un bouquin, capuccino à la main? Votre regard ne peut s’empêcher de balayer chaque lieu à la recherche de ce visage qui vous rend simplement heureux.
Son regard bienveillant ne vous inspire pas seulement dans votre art. Vous vous surprenez, un soir de sortie culturelle, à choisir une tenue un peu trop chic alors que le décorum exige une tenue décontractée. Vous faites davantage attention à votre alimentation et vous ne sautez plus de séance de jogging. L’anticipation d’une rencontre fantasmée avec cette personne vous donne des ailes. Peu importe si vous la reverrez un jour ou non; son essence vous habite et vous propulse. Le souvenir de son regard pétillant, de son rire contagieux et de sa présence enveloppante suffit à alléger votre cœur, à vous sentir vu pour ce que vous êtes au plus profond de votre âme.
Vous chérissez cette connexion de cœur et d’âme qui vous pousse à rêver, à oser, à foncer. À devenir une meilleure personne. Vous succombez à la tentation de continuer à être profondément inspiré par cet être qui vous voit.
Vous la sentez vibrer à la même fréquence que vous, lire vos pensées, ressentir vos émotions. Vous ne pouvez plus vous passer du souvenir de cette Muse qui vous pousse à devenir quelqu’un de mieux, de plus libre, de plus assumé, de courageux. Chaque personne que l’on rencontre est là pour nous inculquer une leçon, dit-on. Celle-ci semble en avoir plusieurs pour vous.
Cette Muse vous fait imaginer des scénarios trop beaux pour être vrais, mais qui sait… Tout est possible dans cette existence. Notre présence même sur terre est une aberration statistique, c’est l’astrophysicien américain Neil deGrasse Tyson qui le dit: mathématiquement parlant, il n’y a aucune espèce de chance que nous soyons en vie. Et pourtant, nous voilà… Alors, rêvons!
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L’art est un élan qui surgit des profondeurs de l’être, un mouvement si intime qu’il finit parfois, à notre insu, par abriter l’autre. Il existe des œuvres magistrales qui, par-delà les siècles, capturent l’essence même de nos émotions. Elles traduisent avec une justesse bouleversante ce que nous peinons à formuler, offrant un pont vers ceux qui nous manquent ou qui s’éloignent, malgré nous.
C’est dans cet interstice, entre les nuits d’insomnie solitaires et le chaos des jours, entre l’aspiration à s’élever et la hantise de sombrer, que bat le cœur de la création. Cette tension demeure la source intarissable où s’abreuvent les artistes de tout temps. En nous plongeant dans les œuvres du passé, nous renouons avec cette tendresse douce-amère que leurs créateurs ont eux-mêmes éprouvée il y a cinquante, cent ou deux cent cinquante ans.
Qu’il soit romantique, platonique ou cosmique, l’amour reste ce fil invisible qui nous relie à l’éternité.
La cheffe d’orchestre baisse les bras. Toute la tension dramatique qui habitait son corps quelques secondes plus tôt s’évapore tel le souffle rendu par un être vivant en fin de parcours. La foule applaudit, enthousiasmée par la beauté du concert qui s’achève – Parce que, wow, c’était incroyable! – Des œuvres qui se sont passées de main en main, d’oreille en oreille pendant plus d’une centaine d’années ont, encore une fois, réussi à émerveiller une nouvelle génération de mélomanes.
Deux heures se sont écoulées à rêver d’amour, de tendresse et de connexion humaine profonde, tout ça grâce à Chopin, à Brahms et à une équipe de musiciens incroyables qui vous a fait visiter, le temps d’un concert, les émotions les plus intimes de deux hommes décédés il y a fort longtemps.
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L’Orchestre symphonique de Montréal présentait Le romantisme selon Chopin et Brahms le 2 mai 2026 à la Maison symphonique.
Dirigé par l’époustouflante Simone Young
Vous aimez être emporté par la vague romantique?
Vous pourriez aimer ce concert qui sera présenté le 14 mai 2026:
https://www.osm.ca/fr/concert/wagner-et-debussy-de-lamour-a-la-mer-2
Merci à l’OSM pour l’invitation. Un compte-rendu de ce concert inoubliable sera publié dans le prochain numéro du magazine Allô Vedettes… parce que la culture, c’est pour tout le monde!










