La notification est apparue alors que j’avalais ma troisième bouchée de salade. Mon estomac s’est serré si violemment que j’ai eu tout le mal du monde à déglutir. Une violente nausée s’est emparée de moi et je n’ai eu d’autre choix que de réfrigérer mon repas pourtant si savoureux. Quelle mauvaise idée avais-je eu de souper avec le téléphone sur la table!
Tu avais répondu.
Dix jours après ce message que je t’avais envoyé et qui m’avait pris tout mon courage à rédiger. J’étais persuadée que jamais tu n’allais répondre et je m’étais faite à l’idée. C’était probablement mieux ainsi; de toute façon, qu’y avait-il de plus à dire?
Tout ce que je voyais sur l’application était tes premiers mots: «Merci pour ta fr…»
Je savais que tu allais me larguer. J’étais à un clic de me faire rejeter. Ouvrir ce message était totalement hors de question pour mon cœur déjà brisé.
Après avoir passé deux heures à agoniser en boule sur mon sofa, je me suis finalement décidée à sortir dans la noirceur de ce vendredi soir de mai. Il faisait frais, j’avais mis mon manteau bleu marin et camouflé ma chevelure bouclée dans ma tuque grise. Au moment de descendre sur le trottoir, je suis tombée nez à nez avec ma voisine, Jasmine. «Tu viens prendre un verre chez moi?» me lança-t-elle.
Boire de l’alcool, c’est tout ce dont j’étais capable à ce moment-là.
En me versant un premier verre de vin, le portable de mon hôtesse s’alluma. D’un glissement de pouce, elle prit l’appel et le mis sur haut-parleur. C’était son petit-ami qui se sentait l’âme romantique:
«(…) La vue imprenable que j’ai sur Québec, illuminée, me fait penser à toi. Tu me manques terriblement… J’aimerais pouvoir te serrer dans mes bras, t’embrasser, glisser mes mains dans tes cheveux… Je t’aime.»
Des paroles que j’aurais tellement aimé que tu me dises. Quelle ironie! Je savais bien que ce qui m’attendait dans ce message que je n’osais toujours pas toucher n’avait rien de tendre, de doux ou d’amoureux.
Trois heures du matin passées, je suis finalement rentrée chez moi, emportant dans la poche gauche de mon manteau ce message brûlant qui attendait toujours d’être «vu».
Dans quelques heures, après avoir dormi d’un sommeil troublé par l’excès d’alcool, j’allais me réveiller à côté de ce message que je n’avais toujours pas eu le courage d’ouvrir. Je n’avais vraiment pas envie de te dire adieu.
Je n’en ai toujours pas envie.
Virginie Cloutier-Naud, 11 juin 2026










