L’histoire que tu ne liras jamais – Microfiction
Je n’ai jamais voulu te faire de mal.
J’ai seulement voulu te faire peur, un petit peu. Juste pour que tu comprennes qu’on ne me manque pas de respect impunément.
J’ai voulu te faire douter, redouter, anticiper, suer, trembler. Je me suis cachée, je t’ai contourné, évité, esquivé, ignoré. Jusqu’à ce que je te croise sur cette terrasse sans l’avoir planifié.
Oups!
Je ne me suis jamais présentée à cette soirée d’avril comme je te l’avais laissé entendre. Je suis restée chez moi, à Montréal, et j’ai redécoré mon condo au grand complet.
Que veux-tu; un mensonge en attire un autre.
Par la suite, j’ai voulu créer du beau avec du laid. Évacuer ma douleur, nettoyer mon cœur, partager mon expérience et faire ce que tout artiste sait faire de mieux; sublimer.
Je ne t’en veux pas.
D’avoir rouvert une blessure d’enfance que je croyais colmatée. D’avoir gratté une plaie qui n’était pas complètement cicatrisée. De m’avoir manqué de respect sans avoir daigné t’excuser.
Je ne t’en veux pas.
De m’avoir rappelé que cette froideur, cet amour conditionnel, cette insécurité émotionnelle, ce mensonge, cette rigidité dans laquelle j’ai grandi, je n’en veux plus.
Je te remercie.
De m’avoir fait comprendre que j’étais encore capable d’aimer, plus intensément, plus inconditionnellement que jamais. De m’avoir rappelé que devant la vie, je serai toujours cette enfant souriante qui s’émerveille d’un rien. Parce que s’il est vrai que tu as brisé mon cœur, tu l’as surtout attendri. De notre rencontre, je sors plus forte, plus créative, plus battante, plus éclairée et plus prête à rencontrer le grand amour que jamais.
Je te remercie.
De m’avoir rappelé que l’unique réponse valable à la peur, à la colère, à l’incompréhension et à l’agressivité sera toujours la douceur.
Cet amour que je continue de polir, de chérir, de nourrir pour l’offrir au prochain cœur qui saura l’accueillir est intact malgré la façon dont tu l’as traité.
Et, aussi surprenant soit-il, la tendresse que je te porte l’est également.
Parce que je ne peux ignorer ce que j’ai vu en toi. Tes blessures, tes peurs, tes façades, tes frustrations, tes rêves, tes tics, tes rides et tes ombrages. J’ai vu ce qu’aucune armure, aucun vêtement ne peut cacher. Je sais exactement comment te briser. Mais je ne le ferai jamais. Et c’est là la plus grande preuve d’amour que tu ne recevras jamais de moi.
Mais Dieu sait à quel point je déteste ton armure. Pour elle, ma haine est sans borne. Je te souhaite d’avoir un jour le courage de t’en affranchir.
Je n’ai plus qu’une seule chose à te demander; s’il-te-plaît, prends soin de ton petit cœur.
Prends soin de ton petit cœur.
Virginie Cloutier-Naud, 21 juillet 2026.










