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-Une Montréalaise à Québec

C’est par une grise journée de novembre que j’ai amorcé mon ascension de la basse ville de Québec vers la haute pour assister à un concert de l’Orchestre symphonique de Québec. En tant que cycliste montréalaise, j’étais convaincue que mon VO2max était suffisamment élevé pour escalader la ville sans câbles ni mousquetons.

J’avais tort.

Arrivée au sommet en sueur, le visage cramoisi, je me suis introduite dans le temple de la musique qu’est le Grand théâtre de Québec pour la première fois de ma vie. Eh oui! Honte à moi.

J’ai pu reprendre mon souffle et retrouver mon teint blême naturel en écoutant la causerie préconcert offerte par le chef attitré de l’OSQ, Clemens Schuldt. Si les photos officielles du jeune chef d’origine allemande (il a mon âge, soit 43 ans, alors il est jeune!) sont très sérieuses, un peu froides même, je découvre que celles-ci ne reflètent en rien sa personnalité. Chaleureux, aucunement prétentieux et drôle, Clemens Schuldt s’adresse au public en français, un effort que bien des hauts dirigeants canadiens unilingues anglophones ne fournissent même pas. Déjà là, ça le rend fort sympathique!

Les œuvres au menu sont présentées, le chef joue quelques courts extraits d’une d’entre elles au piano à queue présent dans le foyer de la salle Louis-Fréchette, puis trente minutes plus tard, celui-ci cède sa place à un élève du Conservatoire de musique de Québec qui interprète une sonate de Beethoven. Cette excellente idée d’offrir à un jeune apprenti la chance de s’exercer devant public rend l’expérience d’avant-concert encore plus pertinente. Parce que pour avoir des artistes québécois accomplis qui nous représentent à travers le monde, il faut d’abord former la relève. Et ça ne se fait pas en vase clos.

Un art vivant

Assister à un concert de musique classique me rappelle toujours que cet art est d’abord quelque chose qui se vit dans l’instant présent. C’est à la fois un art qui se crée sous nos yeux, son après son, geste après geste et une performance athlétique qui demande concentration, rigueur et endurance. C’est un peu comme si un peintre repeignait la même scène devant une foule de 2000 personnes tous les soirs et qu’à chaque fois, un détail, une couleur, une forme était légèrement modifiée, rendant cette scène encore plus appréciable et unique sans jamais être dénaturée.

La musique classique, c’est plate

Si vous vous demandez pourquoi (diantre!) assister à un concert de musique classique, je vous dirais d’abord que l’expérience en direct n’a rien à voir avec l’écoute d’un enregistrement. Ce sont deux activités valables, agréables, mais qui ne se vivent pas de la même façon. L’enregistrement et le mixage audio sont un art en soi. La performance musicale en direct en est un autre.

Une autre bonne raison de quitter le calme de sa demeure pour passer une soirée à l’orchestre est de vivre une expérience humaine. Le fait de se retrouver dans une salle bondée d’auditeurs qui reçoivent en même temps que vous une musique chargée d’émotion est une façon de se sentir connecté à sa communauté. Le concert de musique classique est d’ailleurs une excellente façon pour les personnes plus introverties de vivre une expérience sociale sans avoir à discuter avec son voisin.

Un chef qui fait toute la différence

Si vous habitez dans la région de Québec et que vous songez à vous initier à la musique classique, je vous conseille de sélectionner une soirée animée et dirigée par Clemens Schuldt. Son approche chaleureuse, son sens de la répartie, sa bonne humeur et cette façon qu’il a de faire sentir que tout le monde est bienvenu dans sa salle vous mettra en confiance. Et ne vous sauvez pas après le concert: le chef offre généralement une courte prestation dans le foyer de la salle avec un ou quelques musiciens pour clore la soirée. Une performance musicale informelle, souvent ponctuée de rires, de partitions qui volent au vent par mégarde et de fausses notes qui font partie de l’expérience musicienne. Ce petit moment nous ramène à l’essence de la musique, à la raison pour laquelle nous avons décidé de consacrer nos vies à cet art exigeant.  

Fait important à souligner: L’OSQ a ouvert le concert avec Le tombeau de Nelligan du compositeur canadien Jacques Hétu après laquelle Clemens Schuldt s’est adressé à nous en demandant s’il y avait des journalistes dans la salle… Car celui-ci a pris la liberté de modifier un passage de l’œuvre pour y insérer un solo de violon afin de donner davantage de place au premier violon par intérim, la violoniste Catherine Dallaire, qui cédera sous peu sa chaise au premier violon nommé, la Torontoise Sheila Jaffé. J’ai trouvé ce petit geste particulièrement chic de sa part!

Cette soirée m’a rappelé à quel point le chef ou la cheffe d’orchestre joue un rôle crucial dans l’appréciation de l’expérience des spectateurs. C’est cette personne qui est porte-parole des musiciens de l’ensemble. C’est elle qui fait le lien entre le public et les instrumentistes, qui leur permet de briller sous leur meilleur jour. Qu’on le veuille ou non, sa personnalité, sa façon d’accueillir les gens fait toute la différence. Bien entendu, le chef attitré de l’orchestre a beaucoup plus de liberté qu’un chef invité, quoiqu’on puisse tout de même sentir si l’inconnu qui dirigera ce soir nous est sympathique ou non.

Finalement, cette sortie à l’OSQ prouve qu’il y a bel et bien moyen d’être accessible tout en respectant l’art et ses coutumes. Québec, vous avez un maudit bel orchestre, ma gang de chanceux! Profitez-en, vous n’avez rien à envier à Montréal de ce côté-là.

Trois petites astuces pour les nouveaux spectateurs:

-Si vous ne connaissez pas les œuvres jouées et que vous ignorez à quel moment applaudir, attendez simplement que les gens applaudissent pour les suivre. Ne vous stressez pas avec ça: il y a toujours un p’tit « jo connaissant » qui se fait un plaisir de frapper des mains avant tout le monde pour montrer que LUI, il connaît ça, la musique classique!

-Habillez-vous comme bon vous semble: des vêtements confortables, pas trop chauds, pas trop légers qui vous permettront d’apprécier les deux heures de musique.

-Vous avez peur de ne pas comprendre la musique, sa forme, son message? Vous ne vous y connaissez pas vraiment en compositeurs, en genres musicaux ou en théorie musicale et vous craignez d’être démasqué dans cette foule d’initiés? Pas besoin d’être virtuose ou musicologue pour apprécier la musique classique: écoutez avec votre cœur, avec votre sensibilité et décidez par vous-mêmes si vous aimez ou non ce qui est joué. Pas besoin d’être ingénieur pour traverser un pont. Pas besoin d’être pizzaiolo pour déguster une pizza. Voilà!

*Veuillez noter que cet article n’a pas été corrigé ni révisé par une tierce partie. Je fais de mon mieux pour vous offrir du contenu de qualité sans être rémunérée pour celui-ci. Merci de votre compréhension.

virginyc

virginyc

Auteure, journaliste, rédactrice, pianiste, enseignante et compositrice basée à Montréal, Canada.

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