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Même si chaque jour, je pratique, j’écoute et j’enseigne le répertoire classique, mes goûts musicaux sont vastes et sans limites. J’aime la musique, point. Que ce soient les airs minimalistes et répétitifs de Philip Glass, le rock tourmenté de Radiohead, les classiques pop de Madonna ou une symphonie de Sibelius.

Et ça tombe bien parce que l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) m’offrait justement un programme décloisonné qui mariait Purcell, Brahms et Adele d’un seul coup de baguette! (il s’agit bien sûr d’une expression puisqu’il y eut beaucoup, beaucoup de coups de baguette.) Seul problème: j’étais à Montréal cette semaine-là. J’ai donc libéré mon horaire pour être en mesure d’assister à ce concert que je ne voulais manquer pour rien au monde. Je n’ai pas d’argument particulier qui puisse justifier cet enthousiasme; mon intuition avait tout simplement compris qu’artistiquement parlant, les étoiles allaient s’aligner parfaitement.

C’est donc par un froid polaire que j’ai longé la magnifique rue Saint-Jean, direction Palais Montcalm. Avant de quitter mon hôtel, j’avais pris soin de ne surtout pas mettre la jolie robe que j’avais apportée pour l’occasion. Pas question de mourir de froid juste pour être « cute ». Heureusement, je savais que personne n’allait se formaliser du fait que je me présente à un concert de l’OSQ en jeans.

Emmitouflée dans mes vêtements chauds, j’ai profité des flocons de neige qui valsaient autour de moi comme si Québec était au centre d’un globe de verre qu’on aurait agité. Seule au milieu de l’éclairage coloré qui sublimait les vieux bâtiments de la Capitale, je me sentais comme dans un film romantique… Quel dommage que je sois célibataire!

C’est donc le visage et le bout des pieds gelés que je suis entrée au Palais Montcalm juste à temps pour assister à la discussion préconcert entre le chef attitré de l’orchestre, Clemens Schuldt, et Joël Brouillette, directeur de l’administration artistique. Bach, Brahms, Gabrieli, Purcell, Haendel, Bryce Dessner, Leonard Cohen… la soirée s’annonçait si unique que je me demandais bien de quoi j’allais vous parler! L’expérience m’a toutefois appris que les meilleurs récits s’écrivent au même rythme que l’histoire et qu’il ne sert à rien de vouloir connaître la fin avant même que l’action ne commence.

Je suis donc restée assise à mon siège après la discussion, subjuguée par la beauté de la salle et son intimité. J’ai observé les gens se diriger vers leur siège au compte-gouttes. Puis, j’ai senti la lumière se dissiper; l’éclairage cédait enfin sa place à la musique.

Clemens Schuldt est un des rares maestros à prendre le micro au début d’un concert. Cette fois, le chef a pris le temps de souligner l’arrivée de la nouvelle Premier violon de l’OSQ, Sheila Jaffé, ce qui a permis à l’audience d’offrir un accueil fort chaleureux à la nouvelle venue.

La première partie du concert s’est ouvert sur une cantate de Bach en mi mineur avant de se poursuivre avec la Symphonie no 4 de Brahms dans la même tonalité. Vous cherchez des œuvres à écouter pour vous familiariser avec le répertoire symphonique? Celle-ci est ultra accessible: je vous la conseille chaudement!

Après l’entracte, le chef et son orchestre ont accueilli l’artiste invité de la soirée, le contre-ténor allemand Nils Wanderer, qui dès les premières notes s’est avéré magnétique par sa présence. Après quelques lignes d’échauffement, la voix du chanteur nous a transportés dans une dimension parallèle où le temps n’a plus d’emprise. La complicité entre le tutti, le chef et l’artiste lyrique était évidente et c’est, plus que le répertoire ou la virtuosité, ce qui a fait de ce concert un moment parfait.

Après avoir goûté à ce menu varié et fort généreux qui me donnait l’impression d’en avoir beaucoup plus que pour mon argent, le concert s’est clos par une marée d’applaudissements bien sentis. Ou presque, puisque l’OSQ nous a offert deux chansons en rappel, deux compositions du contre-ténor invité. Et moi qui croyais avoir vécu toutes les émotions possibles… les frissons, les vrais, je les ai ressentis en entendant Nils Wanderer chanter St Petersburg, une ode à l’amour entre hommes dans un contexte où l’homosexualité est proscrite. J’ai pleuré, incapable de retenir mes larmes tellement c’était beau. Aucun enregistrement disponible ne peut rendre justice à ce moment, à cette performance en temps réel. C’était magique.

Ce soir-là, j’ai eu droit à un concert audacieux dirigé par un chef visionnaire et courageux qui se tient bien droit sur son X. Clemens Schuldt est un musicien, un vrai et ça se sent. C’est beau, c’est inspirant de le voir aller. Voilà, je suis conquise!

Après le concert, Nils et Clemens nous ont invité à un court « après-show » où ils ont interprété deux chansons dans la petite salle Madame Belley adjacente à la salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm. J’ai pu observer par la suite les admirateurs qui se sont rués sur Nils pour lui exprimer à quel point ils avaient été touchés par sa prestation. Une longue séance de signature d’autographes, de prise de photos, d’échange de quelques mots d’allemand. Un beau spectacle en soi.

Un mot pour décrire cette soirée: Episch! (J’ai été impressionnée par le nombre de germanophones présent à cette soirée… On dirait bien que je viens de trouver la destination idéale pour faire mon immersion allemande! Vous le saviez, vous, que ça sprechait deutsch à Québec?!)

Et pour clore ce récit d’une soirée parfaite, une courte réflexion… Est-ce qu’un concert du genre pourrait marcher à Montréal? Tout à fait.  Je serais la première à acheter mon billet pour la Maison symphonique!

Alors, Clemens, quand est-ce que vous débarquez à Montréal?

-Virginie xx

Pour découvrir Nils Wanderer, contre-ténor et bien plus:

Sur Spotify: St Petersburg, Live at Tonhalle, Düsseldorf, 2023.

https://www.nilswanderer.de/homepage.html

virginyc

virginyc

Auteure, journaliste, rédactrice, pianiste, enseignante et compositrice basée à Montréal, Canada.

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