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Je n’ai toujours pas déballé tous mes cartons de déménagement.

Après huit ans, la moitié de ma vie repose encore dans des boîtes brunes au fond d’un placard poussiéreux. Ce qui me reste de mon enfance et de mon adolescence tient dans trois ou quatre boîtes tout au plus, car tout ce que j’ai laissé chez mes parents a pris le chemin du dépotoir.

Après le décès de ma mère, dans un souci de faire table rase du passé, mon père endeuillé a entrepris de se débarrasser de tout ce qui se trouvait dans la maison où il a élevé sa famille. Sans me consulter, il a jeté le contenu de ma chambre d’enfance. Les centaines de lettres et de cartes postales échangées avec des correspondants provenant de pays que je rêvais de visiter, les photos prises avec mes amis à l’aide d’un vieil appareil-photo, des cassettes d’enregistrements de compositions musicales qui ne verront jamais le jour et nombre de souvenirs récoltés au cours de mes voyages.

La seule chose qui a survécu au grand ménage est ma collection de CD que je me suis empressée de rescaper dès que je suis parvenue à mettre les pieds dans la maison où j’ai grandi. J’en ai profité pour voler quelques albums de photos, n’ayant plus confiance en mon père après la purge.

Je pense à tout cela alors que je ne suis même pas chez moi. Je suis présentement couchée en étoile sur le lit d’une chambre d’hôtel à fixer le plafond. Mon esprit erre pendant que je me demande ce que je ferai de ma vie lors de mon retour à Montréal.

J’ai envie de partir, mais je ne sais pas où. Un endroit où il y aurait un piano, de grandes fenêtres, deux petits yeux endormis qui me regardent avec tendresse alors que les premiers rayons de soleil percent l’atmosphère. Un endroit que je pourrais appeler « Maison » où je ne serais plus seule, où les matinées seraient grouillantes d’énergie, de chaleur, de rires. Des gens que je pourrais appeler « Famille ».

D’ailleurs, c’est quoi au juste, une famille? Plus les années passent et plus les souvenirs que j’ai du temps passé avec mes parents s’effacent. Un jour de l’an célébré dans le Vieux-Québec, une excursion de ski de fond dans le Parc national de la Mauricie, la longue ascension du Jasper Skytram, la visite de Disney World…  De beaux moments vécus il y a 30, 35 ans. Une autre vie.

Jamais je n’aurais imaginé perdre ce qui me tenait le plus à cœur. Malgré tout, je continue à croire qu’il n’est pas trop tard pour retrouver ce sentiment de faire partie d’une famille, d’être le membre d’un tout plus grand que moi. Peu importe la forme que cela prendra, j’y crois.

Mais, dis-moi, où es-tu en ce moment? Tu n’es sûrement pas couché en étoile sur un lit à fixer le plafond. J’imagine que tu t’occupes à des activités plus productives! Je vais retourner à mon manuscrit dans quelques minutes, mais pour l’instant, j’ai besoin de m’arrêter. Tout avance si vite que je n’ai presque jamais le temps de regarder l’état des lieux. Et c’est peut-être mieux ainsi, parce que le fait de me garder occupée m’empêche de réaliser à quel point j’aimerais être avec toi. Déposer ma tête sur ton cœur et l’écouter battre, simplement. Attendre que nos battements se synchronisent avant de m’assoupir en toute quiétude.

Qui que tu sois.

Allez! Je retourne à mon roman. En espérant que tu ailles bien, où que tu sois.

En sachant très bien que tu ne liras probablement jamais ces lignes…

Virginie Cloutier-Naud, Québec, 11 mars 2026.

virginyc

virginyc

Auteure, journaliste, rédactrice, pianiste, enseignante et compositrice basée à Montréal, Canada.

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