Mini-série littéraire
En attendant la parution de mon prochain roman, je vous présente cette mini-série littéraire de quatre courts épisodes sur les thèmes de l’amour et de la solitude. Chaque petite histoire fera d’ailleurs partie de ce roman à venir… Je ne vous en dit pas plus pour l’instant!
Pour une immersion musicale dans mon univers dramatique, vous pouvez ajouter la liste de lecture suivante à votre compte Spotify:
Bonne lecture!
MOMENT no 1: Ce soir, je vole avec toi

Ce soir, je suis avec toi. Je sais que tu as l’habitude d’attendre ce genre de vol seul, mais je pensais te tenir compagnie cette fois-ci. T’inquiète, je ne suis pas là physiquement, tu n’auras donc pas à entretenir une conversation ou à jeter un œil à mon sac le temps que je commande un café et un sandwich à prix exorbitant. Installe-toi dans un coin tranquille si possible, mets ton casque d’écoute ou tes oreillettes et ouvre la liste de lecture que je t’ai préparée.
Me permets-tu de glisser ma main entre les tiennes et de laisser ma tête tomber sur ton épaule? J’ai tant besoin de ce genre de douceur que je n’ai pas ressenti depuis des années… As-tu une chanson d’amour préférée? J’en ai des tonnes, mais si je devais en choisir une seule, j’imagine que ce serait quelque chose composé par Tchaïkovski ou Patrick Watson. Pardonne-moi mon éternel romantisme, c’est plus fort que moi. Malgré les nombreux échecs amoureux que j’ai essuyés au cours de ma vie, je ne peux pas m’empêcher de croire qu’un jour, je serai dans tes bras.
Qui que tu sois.
J’ai tant à offrir que tout garder pour moi finira par m’étouffer.
Nous sommes-nous déjà rencontrés? Penses-tu à moi, parfois? Qui de nous deux fera les premiers pas, si ce n’est déjà fait? Qui osera embrasser l’autre à la fin d’une soirée? Où m’inviteras-tu pour notre premier rendez-vous? Un café, un parc, un concert? Tout est à inventer; laisse aller ton imagination…
Où que tu sois.
J’ignore dans quel état d’esprit tu te trouves présentement : es-tu fatigué, enthousiaste, stressé, excité, contrarié, anxieux, satisfait, ennuyé, triste? Je suis là si tu as besoin d’être écouté, rassuré ou diverti. Dis-moi de quoi tu veux parler avant de traverser le continent.
Quelqu’un te manque? Un regret te traverse l’esprit? Une peur particulière t’habite? Les instants de solitude sont propices à ce genre de pensées. Je m’y connais trop bien, étant écrivaine et pianiste. Je réfléchis, j’écris, je révise et pratique dans l’isolement le plus total. Que ce soit chez moi, dans un café, à bord d’un wagon, à Québec ou à Glasgow… J’aime la liberté et la flexibilité que me permet mon métier. J’ai la possibilité d’être où je veux, quand je veux. Pourvu que j’aie accès à un laptop et une connexion internet.
Je comprends que ce n’est pas tout à fait ton cas, c’est pourquoi j’ai décidé de me déplacer en pensées pour toi ce soir. Je veux que tu saches que tu n’es pas seul malgré les apparences.
J’ai voyagé beaucoup, moi aussi, pour toutes sortes de raisons : visiter un proche, voir le monde, me reposer, travailler, traquer l’inspiration, trouver des réponses, dire adieu à ma mère. Parfois seule, quelques fois avec mon ex et ses enfants. Mais depuis quelques années, mon périple à travers la vie est solitaire, ou presque. Parce que j’ai des amis exceptionnels. J’espère que toi aussi, tu es entouré d’amis aimants qui t’aiment pour la personne précieuse que tu es.
Il y a aussi eu énormément d’autobus et de trains, beaucoup plus que de vols. Des trajets qui me ramenaient chez mes parents pendant les vacances de Noël, des trains qui me déposaient dans des villes inconnues. Beaucoup de solitude, parfois chérie, parfois obligée. Une vie remplie de silence au cœur de la musique, d’appels vidéo enjoués dans l’immobilité du petit matin, de solitude au milieu des passagers anonymes qui s’agitent dans les corridors. Quelle ironie.
Parfois, je me sens complètement épuisée malgré toute l’énergie, toute la bonne humeur qui me meut presque chaque jour. Es-tu, toi aussi, épuisé par le rythme effréné de ta vie? Si tu le veux, tu peux poser ta tête sur mes cuisses et fermer les yeux. Je flatterai tes cheveux pendant que tu te reposes en attendant le début de l’embarquement. Ne t’en fais pas, laisse-toi tomber dans les bras de Morphée sans résistance; je te réveillerai à temps pour que tu puisses prendre ton vol.
Oh! J’y pense : as-tu des enfants? Je te laisse cet ourson que ma mère m’a donné quand j’étais petite. Je n’ai pas d’enfants à qui le léguer, alors je te le confie. Tu pourras le glisser dans le lit de ta fille ou de ton garçon à ton retour à la maison.
Tant qu’on ne sera pas enfin réunis, les saisons se succéderont, les réussites et les ratés meubleront nos vies, les connaissances professionnelles et les amitiés viendront et partiront… La vie suivra son cours normal pendant qu’au fin fond de mon cœur, une partie de moi continuera de t’attendre.
Je crois qu’on vient d’annoncer l’embarquement de ta section… Me permets-tu de déposer un baiser discret sur ta joue gauche? Et je ne pense pas pouvoir me retenir de te serrer dans mes bras et de glisser mon nez dans ton cou pour mémoriser ton odeur et la douceur de ta peau.
À un jour, j’espère.
Qui que tu sois. Où que tu sois.
Bon voyage!
Virginie Cloutier-Naud, 26 février 2026, Montréal
MOMENT no 2: Bleu

Je n’avais pas planifié de te parler ce soir-là…
J’avais simplement suivi la foule qui m’avait poussée à l’intérieur d’un minuscule bar. Lutter contre son mouvement aurait été plus difficile que de me laisser porter par le courant, alors je ne me suis pas débattue. J’étais seule et je n’avais pas de plan après le spectacle qui venait de se terminer, j’avais donc commandé une bière et m’étais faite toute petite dans un coin pour écouter les deux musiciens qui se trouvaient sur scène.
Je ne me sentais pas particulièrement à l’aise, coincée entre les gens qui me bousculaient du coude à l’occasion. Je ne voyais pas le pianiste et j’apercevais à peine la tête du chanteur qui se produisait sur la petite scène baignée d’une lumière bleu royal, mais j’entendais bien la musique. Je m’étais dit que j’allais terminer ma bière et quitter l’endroit dès que la prestation tirerait à sa fin. J’avais une vingtaine de minutes de marche devant moi avant de retrouver mon lit qui m’appelait; la journée avait été longue.
Le spectacle se conclut alors que mon verre était encore plein à ras bord. J’étais donc restée debout et j’avais observé la foule. Des admirateurs s’étaient dirigés vers le chanteur. Je les regardais prendre des photos avec celui-ci et lui faire signer des autographes. Je me demandais si je devais aller lui dire un « j’aime beaucoup ce que vous faites », mais je n’arrivais pas à imaginer une meilleure phrase qui ne sonnerait pas creuse et clichée, alors j’ai vite abandonné cette option.
Puis, je t’ai vu. Tu étais à une dizaine de mètres de moi, devant la scène.
Je croyais t’avoir manqué, cher pianiste de l’ombre. J’étais certaine que tu avais quitté la salle depuis plusieurs minutes déjà. Même si je n’avais pas planifié de te parler ce soir-là, une petite voix me disait que je devais le faire.
Merde.
Mon verre était à moitié vide. Je savais que si je le terminais, je perdrais le courage de t’aborder et je quitterais la soirée le cœur rempli de regrets. Je n’avais plus le choix : je devais foncer maintenant.
Les mains moites, les yeux ronds de terreur, je me suis frayé un chemin vers toi entre les quelques personnes encore présentes. Incapable de faire preuve d’agilité dans ma démarche, j’ai maladroitement interrompu la conversation que tu avais avec deux de tes amis pour me présenter. Dès que tu m’as accueillie dans ta bulle, j’ai subitement cessé d’être nerveuse. Je me suis sentie étrangement calme, à l’aise, même si je n’avais rien d’intelligent ou même d’intéressant à te raconter. Ce sentiment de bien-être m’a prise par surprise, si bien que je ne savais plus comment agir. Je t’ai écouté avec attention et j’ai observé les gens qui venaient te serrer la main un à un.
J’aurais voulu te parler davantage, mais j’étais l’inconnue parmi ton cercle de connaissances et je ne voulais pas m’imposer. Après tout, c’était toi la vedette de la soirée et je me devais de respecter ton instant de gloire fort mérité.
J’ai donc cédé ma place aux curieux, j’ai déposé mon verre vide sur le comptoir du bar, j’ai attaché mon manteau et je me suis dirigée vers toi une dernière fois pour te saluer. Puis, nos regards se sont croisés le temps d’une longue seconde. Je n’avais jamais remarqué la couleur de tes yeux.
Bleu.
J’ai quitté la soirée le cœur léger, l’esprit en paix. Chaque flocon de neige semblait tomber exactement au bon emplacement, chaque brise de vent faisait tournoyer mes cheveux dans une valse parfaitement chorégraphiée : tout était à sa place.
Ce n’est qu’en me blottissant dans mes couvertures que j’ai réalisé que j’avais envie de te revoir. Que j’aurais voulu rester un peu plus longtemps à tes côtés ce soir-là pour découvrir ce qui se cachait derrière ce doux regard que je n’arrivais pas à effacer de ma mémoire.
Depuis, j’espère qu’un jour, peut-être, je te reverrai… qui sait.
Virginie Cloutier-Naud, 5 mars 2026
MOMENT no 3: Fuir

Je n’ai toujours pas déballé tous mes cartons de déménagement.
Après huit ans, la moitié de ma vie repose toujours dans des boîtes brunes au fond d’un placard poussiéreux. Ce qui me reste de mon enfance et de mon adolescence tient dans trois ou quatre boîtes tout au plus, car tout ce que j’ai laissé chez mes parents a pris le chemin du dépotoir.
Après le décès de ma mère, dans un souci de faire table rase du passé, mon père endeuillé a entrepris de se débarrasser de tout ce qui se trouvait dans la maison où il a élevé sa famille. Sans me consulter, il a jeté le contenu de ma chambre d’enfance. Les centaines de lettres et de cartes postales échangées avec des correspondants provenant de pays que je rêvais de visiter, les photos prises avec mes amis à l’aide d’un vieil appareil-photo, des cassettes d’enregistrements de compositions musicales qui ne verront jamais le jour et nombre de souvenirs récoltés au cours de mes voyages.
La seule chose qui a survécu au grand ménage est ma collection de CD que je me suis empressée de rescaper dès que je suis parvenue à mettre les pieds dans l maison où j’ai grandi. J’en ai profité pour voler quelques albums de photos, n’ayant plus confiance en mon père après la purge.
Je pense à tout cela alors que je ne suis même pas chez moi. Je suis présentement couchée en étoile sur le lit d’une chambre d’hôtel à fixer le plafond. Mon esprit erre pendant que je me demande ce que je ferai de ma vie lors de mon retour à Montréal.
J’ai envie de partir, mais je ne sais pas où. Un endroit où il y aurait un piano, de grandes fenêtres, deux petits yeux endormis qui me regardent avec tendresse alors que les premiers rayons de soleil percent l’atmosphère. Un endroit que je pourrais appeler « Maison » où je ne serais plus seule, où les matinées seraient grouillantes d’énergie, de chaleur, de rires. Des gens que je pourrais appeler « Famille ».
D’ailleurs, c’est quoi au juste, une famille? Plus les années passent et plus les souvenirs que j’ai du temps passé avec mes parents s’effacent. Un jour de l’an célébré dans le Vieux-Québec, une excursion de ski de fond dans le Parc national de la Mauricie, la longue ascension du Jasper Skytram, la visite de Disney World… De beaux moments vécus il y a 30, 35 ans. Une autre vie.
Jamais je n’aurais imaginé perdre ce qui me tenait le plus à cœur. Malgré tout, je continue à croire qu’il n’est pas trop tard pour retrouver ce sentiment de faire partie d’une famille, d’être le membre d’un tout plus grand que moi. Peu importe la forme que cela prendra, j’y crois.
Mais, dis-moi, où es-tu en ce moment? Tu n’es sûrement pas couché en étoile sur un lit à fixer le plafond. J’imagine que tu t’occupes à des activités plus productives! Je vais retourner à mon manuscrit dans quelques minutes, mais pour l’instant, j’ai besoin de m’arrêter. Tout avance si vite que je n’ai presque jamais le temps de regarder l’état des lieux. Et c’est peut-être mieux ainsi, parce que le fait de me garder occupée m’empêche de réaliser à quel point j’aimerais être avec toi. Déposer ma tête sur ton cœur et l’écouter battre, simplement. Attendre que nos battements se synchronisent avant de m’assoupir en toute quiétude.
Qui que tu sois.
Allez! Je retourne à mon roman. En espérant que tu ailles bien, où que tu sois…
Virginie Cloutier-Naud, Québec, 11 mars 2026.
MOMENT no 4: Tomber en amour pour la dernière fois.

Seras-tu la personne de qui je tomberai amoureuse pour la dernière fois de ma vie?
Plus les années passent et plus je réalise qu’un jour, je tomberai en amour une ultime fois.
Un coup de foudre, une rencontre impromptue, un malentendu… Qu’est-ce qui finira par nous réunir? Feras-tu les premiers pas ou devrai-je m’agiter comme une danseuse de carnaval pour que tu me remarques?
Ça m’est égal au fond, puisque tout ce que je veux, c’est rencontrer cette âme avec laquelle je retomberai en amour chaque jour jusqu’à mon dernier souffle.
Un cœur passionné et sensible qui me donnera le droit de l’aimer sincèrement et qui me choisira en retour. Un être loyal avec certaines manies qui me feront parfois sortir de mes gonds, mais pour qui j’arriverai toujours à me raisonner. Une main dans la mienne pour traverser les querelles et les absences prolongées. Un regard pour qui je serai la plus belle femme du monde sans avoir besoin de l’être aux yeux des autres. Une personne fabuleuse que j’aurai la chance d’admirer du coin de l’œil sans devoir me cacher. Une âme artistique qui ne tentera jamais d’éteindre l’étincelle qui m’anime et qui me permet de créer, de trébucher, d’essayer et de fleurir.
Mais surtout, quelqu’un qui, quand je parle avec mon cœur, m’écoute.
Bien sûr, on se fera mal, on se fera pleurer, mais rarement et jamais par méchanceté; uniquement pour ajuster notre trajectoire commune. Et quand la maladie, le deuil, les remises en question et les conflits nous déchireront, l’amour, toujours, recollera les morceaux.
Seras-tu cette personne qui lorsque j’oserai prendre mon courage à deux mains pour l’inviter à aller prendre un verre ne reléguera pas celle-ci à la semaine des quatre jeudis? Parce que ce serait un bon début pour que nous puissions faire un bon bout de chemin ensemble… Qu’en penses-tu?
Seras-tu cette personne de qui je tomberai éternellement amoureuse pour la dernière fois?
Virginie Cloutier-Naud, 15 mars 2026, Montréal.
–Il s’agit de la quatrième et dernière nouvelle de la minisérie « Récits de voyages solitaires ». Merci d’avoir voyagé avec moi le temps de quelques mots à travers une parcelle de mon vaste imaginaire romantique!