Mini-série littéraire

Février 2026: En attendant la parution de mon prochain roman, je vous présente cette mini-série littéraire de quatre courts épisodes sur le thème de la solitude. Chaque dimanche de mars, un nouvel épisode sera ajouté.

Pour une immersion musicale dans mon univers dramatique, vous pouvez ajouter la liste de lecture suivante à votre compte Spotify:

Bonne lecture!


MOMENT no 1: Ce soir, je vole avec toi

Ce soir, je suis avec toi. Je sais que tu as l’habitude d’attendre ce genre de vol seul, mais je pensais te tenir compagnie cette fois-ci. T’inquiète, je ne suis pas là physiquement, tu n’auras donc pas à entretenir une conversation ou à jeter un œil à mon sac le temps que je commande un café et un sandwich à prix exorbitant. Installe-toi dans un coin tranquille si possible, mets ton casque d’écoute ou tes oreillettes et ouvre la liste de lecture que je t’ai préparée.

Me permets-tu de glisser ma main entre les tiennes et de laisser ma tête tomber sur ton épaule? J’ai tant besoin de ce genre de douceur que je n’ai pas ressenti depuis des années… As-tu une chanson d’amour préférée? J’en ai des tonnes, mais si je devais en choisir une seule, j’imagine que ce serait quelque chose composé par Tchaïkovski ou Patrick Watson. Pardonne-moi mon éternel romantisme, c’est plus fort que moi. Malgré les nombreux échecs amoureux que j’ai essuyés au cours de ma vie, je ne peux pas m’empêcher de croire qu’un jour, je serai dans tes bras.

Qui que tu sois.

J’ai tant à offrir que tout garder pour moi finira par m’étouffer.

Nous sommes-nous déjà rencontrés? Penses-tu à moi, parfois? Qui de nous deux fera les premiers pas, si ce n’est déjà fait? Qui osera embrasser l’autre à la fin d’une soirée? Où m’inviteras-tu pour notre premier rendez-vous? Un café, un parc, un concert? Tout est à inventer; laisse aller ton imagination…

Où que tu sois.

J’ignore dans quel état d’esprit tu te trouves présentement : es-tu fatigué, enthousiaste, stressé, excité, contrarié, anxieux, satisfait, ennuyé, triste? Je suis là si tu as besoin d’être écouté, rassuré ou diverti. Dis-moi de quoi tu veux parler avant de traverser le continent.

Quelqu’un te manque? Un regret te traverse l’esprit? Une peur particulière t’habite? Les instants de solitude sont propices à ce genre de pensées. Je m’y connais trop bien, étant écrivaine et pianiste. Je réfléchis, j’écris, je révise et pratique dans l’isolement le plus total. Que ce soit chez moi, dans un café, à bord d’un wagon, à Québec ou à Glasgow… J’aime la liberté et la flexibilité que me permet mon métier. J’ai la possibilité d’être où je veux, quand je veux. Pourvu que j’aie accès à un laptop et une connexion internet.

Je comprends que ce n’est pas tout à fait ton cas, c’est pourquoi j’ai décidé de me déplacer en pensées pour toi ce soir. Je veux que tu saches que tu n’es pas seul malgré les apparences.

J’ai voyagé beaucoup, moi aussi, pour toutes sortes de raisons : visiter un proche, voir le monde, me reposer, travailler, traquer l’inspiration, trouver des réponses, dire adieu à ma mère. Parfois seule, quelques fois avec mon ex et ses enfants. Mais depuis quelques années, mon périple à travers la vie est solitaire, ou presque. Parce que j’ai des amis exceptionnels. J’espère que toi aussi, tu es entouré d’amis aimants qui t’aiment pour la personne précieuse que tu es.

Il y a aussi eu énormément d’autobus et de trains, beaucoup plus que de vols. Des trajets qui me ramenaient chez mes parents pendant les vacances de Noël, des trains qui me déposaient dans des villes inconnues. Beaucoup de solitude, parfois chérie, parfois obligée. Une vie remplie de silence au cœur de la musique, d’appels vidéo enjoués dans l’immobilité du petit matin, de solitude au milieu des passagers anonymes qui s’agitent dans les corridors. Quelle ironie.

Parfois, je me sens complètement épuisée malgré toute l’énergie, toute la bonne humeur qui me meut presque chaque jour. Es-tu, toi aussi, épuisé par le rythme effréné de ta vie? Si tu le veux, tu peux poser ta tête sur mes cuisses et fermer les yeux. Je flatterai tes cheveux pendant que tu te reposes en attendant le début de l’embarquement. Ne t’en fais pas, laisse-toi tomber dans les bras de Morphée sans résistance; je te réveillerai à temps pour que tu puisses prendre ton vol.  

Oh! J’y pense : as-tu des enfants? Je te laisse cet ourson que ma mère m’a donné quand j’étais petite. Je n’ai pas d’enfants à qui le léguer, alors je te le confie. Tu pourras le glisser dans le lit de ta fille ou de ton garçon à ton retour à la maison.

Tant qu’on ne sera pas enfin réunis, les saisons se succéderont, les réussites et les ratés meubleront nos vies, les connaissances professionnelles et les amitiés viendront et partiront… La vie suivra son cours normal pendant qu’au fin fond de mon cœur, une partie de moi continuera de t’attendre.

Je crois qu’on vient d’annoncer l’embarquement de ta section… Me permets-tu de déposer un baiser discret sur ta joue gauche? Et je ne pense pas pouvoir me retenir de te serrer dans mes bras et de glisser mon nez dans ton cou pour mémoriser ton odeur et la douceur de ta peau.

À un jour, j’espère.

Qui que tu sois. Où que tu sois.

Bon voyage!

Virginie Cloutier-Naud, 26 février 2026, Montréal


MOMENT no 2: À venir le 8 mars 2025…